Giordano Bruno était un frère dominicain philosophe, astronome et mathématicien italien dont les théories ont anticipé la science moderne. Les plus notables d’entre elles étaient ses théories de l’univers infini et de la multiplicité des mondes, dans lesquelles il rejetait l’astronomie géocentrique traditionnelle (centrée sur la Terre). Ses idées allaient intuitivement au-delà de la théorie héliocentrique copernicienne (centrée sur le soleil), qui maintenait encore un univers avec une sphère d’étoiles fixes. Il est surtout connu pour sa mort tragique. Découvrez une petite biographie de Giordano Bruno.

Enfance de Giordano Bruno

Fils d’un militaire professionnel, Filippo Bruno est né en janvier 1548 à Nola en Italie. En 1562, il se rend à Naples pour étudier les sciences humaines, la logique et la dialectique.

À 17 ans, il entre dans l’ordre des dominicains de San Domenico Maggiore à Naples et prend le nom de Giordano. En raison de ses attitudes peu orthodoxes, il est rapidement soupçonné d’hérésie. Néanmoins, en 1572, il est ordonné prêtre. Au cours de la même année, il est envoyé au couvent napolitain pour poursuivre ses études de théologie. En juillet 1575, Bruno termine les cours prévus. Il en garde un profond ennui pour les subtilités théologiques.

Rapidement, il se retrouve accusé d’avoir lu et étudié des livres interdits. Une instruction est même ouverte à son encontre par le père provincial de l’ordre afin de le déclarer hérétique. Suite à ces accusations, Giordano Bruno abandonne l’ordre dominicain et s’enfuit à Rome en février 1576. Pendant une quinzaine d’années, il mènera une existence de nomade.

Après avoir erré dans le nord de l’Italie où il survit en donnant des leçons de grammaire ou d’astronomie, il se rend à Chambéry puis à Genève où il intègre la communauté calviniste. Cependant, après avoir publié un papier contre un professeur calviniste, il découvrit que l’Église réformée n’est pas moins intolérante que l’Église catholique. Il se retrouve arrêté, excommunié, réhabilité après rétractation et finalement autorisé à quitter la ville. Il s’installe alors en France, d’abord à Toulouse, où il cherche sans succès à être absous par l’Église catholique, puis en 1581 à Paris. Par la suite, il quitte la France pour l’Angleterre où il fait éditer ses dialogues italiens. 

Ses dialogues italiens

En février 1584, commence à écrire ses dialogues italiens, qui lui permettent d’exposer sa philosophie. Il y a six dialogues : trois cosmologiques sur la théorie de l’univers et trois moraux.

  • Dans la Cena de le Ceneri (Le banquet des cendres), il réaffirme la réalité de la théorie héliocentrique et suggère que l’univers est infini, constitué d’innombrables mondes sensiblement similaires à ceux du système solaire. En présentant la relativité du mouvement, il met à mal la théorie d’Aristote sur l’immobilité de la Terre. Dans le même dialogue, il anticipe son collègue astronome Galilée en soutenant que la Bible devrait être suivie pour son enseignement moral mais pas pour ses implications astronomiques.
  • Dans De la causa, principio e uno (La Cause, le principe et l’un), il élabore la théorie physique sur laquelle se fonde sa conception de l’univers : « forme » et « matière » sont intimement unies et constituent un tout.
  • Dans son oeuvre majeure De l’infinito universo e mondi (De l’infini, l’univers et les mondes), il développe sa théorie cosmologique en critiquant la physique aristotélicienne. Il formule ses idées selon lesquelles la religion est considérée comme un moyen d’instruire et de gouverner les ignorants et la philosophie est la discipline des élus capables de se comporter et de gouverner les autres. Prenant appui sur les idées de Copernic qui prône l’héliocentrisme (les planètes tournent autour du Soleil, centre de l’Univers), il évoque un Univers illimité, qui n’a pas de centre, où chaque étoile est comparable au Soleil avec un cortège de planètes “qui peuvent abriter d’autres créatures à l’image de Dieu”.
  • En 1584, Spaccio de la bestia trionfante (L’Expulsion de la bête triomphante), premier dialogue de sa trilogie morale, est une satire sur les superstitions et les vices contemporains, incarnant une forte critique de l’éthique chrétienne. Le principe calviniste du salut par la foi seul, auquel Bruno oppose une vision exaltée de la dignité de toutes les activités humaines.
  • La Cabala del cavallo Pegaseo en 1585 est similaire au précédent en plus pessimiste. Elle comprend une discussion sur la relation entre l’âme humaine et l’âme universelle, concluant par la négation de l’individualité absolue.
  • Cabala del cavallo Pegaseo (La Cabale du cheval Pégase), opuscule satirique, démolit systématiquement la vénérable référence aristotélicienne ;
  • Dans De gli eroici furori (Les Fureurs héroïques), Bruno traite la réalisation de l’union avec l’infini par l’âme humaine et exhorte l’homme à la conquête de la vertu et de la vérité.

En octobre 1585, Bruno retourne à Paris alors qu’Henri III a abrogé l’édit de pacification avec les protestants, et que le roi de Navarre a été excommunié. En mai 1586, il attaque publiquement Aristote dans son Centum et viginti articuli de natura et mundo adversus Peripateticos. Les Politiques le renient et Bruno quitte Paris.

En juin, il s’exile en Allemagne, où il erre d’une ville universitaire à une autre, donnant des conférences et publiant divers ouvrages. À Helmstedt, il est excommunié par l’église luthérienne locale en janvier 1589 après des heurts avec sa nouvelle hiérarchie.

Du procès à la mort sur le bûcher

En août 1591, Bruno rentre en Italie, invité par le patricien Giovanni Mocenigo qui souhaite apprendre les secrets de l’art de la mémoire. Giordano Bruno se rend presque immédiatement à Padoue où la chaire de mathématiques de l’Université est vacante. A l’été 1591, il commence un cours privé pour étudiants allemands et compose les Praelectiones Geometricae (Conférences sur la géométrie) et Ars deformationum (L’art de la déformation).

La chaire qu’il visait est offerte à Galilée en 1592. Bruno et Monecigo ne s’entendent pas. Le patricien estdéçu par les leçons privées de Bruno sur l’art de la mémoire et irrité de son intention de retourner à Francfort pour faire publier un nouvel ouvrage. Il dénonce Giordano Bruno à l’Inquisition vénitienne en mai 1592 pour ses théories hérétiques. Bruno se retrouve arrêté et jugé. Pour sa défense, il admet des erreurs théologiques mineures, soulignant cependant le caractère philosophique plutôt que théologique de ses principes fondamentaux.

L’Inquisition romaine demande son extradition et, le 27 janvier 1593, Bruno entre dans la prison du palais romain de Sant’Uffizio. Pendant les 7 ans du procès, Bruno se défend en rejetant tout intérêt particulier pour les questions théologiques et réaffirmant le caractère philosophique de ses idées. Il tente désespérément de démontrer que ses opinions ne sont pas incompatibles avec la conception chrétienne de Dieu et de la création, mais les inquisiteurs exigent une rétractation inconditionnelle de ses théories. Bruno finit par déclarer qu’il n’a rien sur lequel se rétracter et qu’il ne sait même pas sur quoi il est censé se rétracter.

Le pape Clément VIII ordonne alors qu’il soit condamné en tant qu’hérétique impénitent et obstiné. Le 8 février 1600, au moment où il apprend sa condamnation à mort, Bruno s’adresse à ses juges en disant : « Peut-être que votre peur de me juger est plus grande que la mienne de la recevoir. »

Peu de temps après, il est emmené au Campo de ’Fiori, la langue dans un bâillon, et brûlé vif.

Statue de Giordano Bruno

statue Giordano Bruno

Giordano est mort sur le bûcher en raison de la ténacité avec laquelle il a maintenu ses idées peu orthodoxes à un moment où les Églises catholique romaine et réformée réaffirmaient des principes aristotéliciens et scolastiques rigides dans leur lutte pour le évangélisation de l’Europe. Pour ces raisons, une statue de bronze à son effigie trône depuis le XIXe siècle sur les lieux de son supplice, au Campo de’ Fiori à Rome.

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Sources

Futura

Britannica