Le mystère de l’étoile de Tabby

KIC 8462852 dans le Kepler Input Catalog est une étoile invisible à l’oeil nu, située dans la constellation du cygne à 1480 années-lumière de nous. Elle a été surnommée ‘étoile de Tabby‘ ou ‘étoile de Boyajian’ en honneur de l’astronome Tabetha S. Boyajian qui a écrit le premier article à son sujet. Elle est environ 1000 degrés plus chaude et 50% plus grosse que le Soleil.

Observée depuis 2009 par le télescope spatial Kepler, elle a attiré l’attention des scientifiques en 2015. Cette étoile est différente de toutes celles que nous connaissons jusqu’à aujourd’hui. Voici plus de 2 ans qu’elle a attiré l’attention des scientifiques par ses fluctuations de lumière inhabituelles. Parmi plus de 150 000 étoiles scrutées par Kepler, seule l’étoile de Tabby présentait une courbe de lumière inexplicable. Sa luminosité  diminue de façon irrégulière jusqu’à 22% environ sur des périodes pouvant durer de 5 à 80 jours, ce qui correspondrait à une grande masse telle qu’une planète 20 fois plus grande que Jupiter en orbite autour de l’étoile.

Les amateurs du programme citoyen Planet Hunters sont les premiers à avoir attiré l’attention sur ce mystère. L’objectif de ce programme est de découvrir des exoplanètes en utilisant l’oeil humain. Il s’agit d’analyser les données récoltées par le satellite Kepler afin de déceler des signes de transits planétaires.  Ils en informent l’astronome Tabetha Boyajian en charge du projet.

« Nous n’avions jamais rien vu de tel » affirme Tabetha Boyajian, alors en postdoctorat à Yale. « C’était très étrange. Nous pensions que ça pouvait être de mauvaises données ou des perturbations dues à un vaisseau, mais tout a été vérifié »

Diverses hypothèses ont été proposées par les scientifiques parmi lesquelles :

-un essaim de comètes en orbite elliptique autour de l’étoile

-la présence d’une une grande planète comme Saturne entourée d’anneaux et d’astéroïdes comme ceux qui tournent avec Jupiter

– des nuages de poussières interstellaires entre la Terre et l’étoile…

 

La théorie extraterrestre : la sphère de Dyson

 

Illustration d’une sphère de Dyson construite autour d’une étoile © capnhack.com
Illustration d’une sphère de Dyson construite autour d’une étoile © capnhack.com

 

Ces signes d’activité ont rapidement été associés à une éventuelle vie extraterrestre intelligente, ce qui ne manqua pas d’attirer l’attention des médias.

Jason Wright, astronome à Penn State University expliqua : « Quand Boyajian m’a montré les données, j’ai été fasciné à quel point c’était dingue » « Les extra-terrestres doivent toujours être la toute dernière hypothèse, mais cela ressemble à quelque chose qui serait construit par une autre civilisation. » 

Dans une publication, Wright affirme que ces fluctuations inhabituelles de la lumière de l’étoile de Tabby sont cohérentes avec ‘un essaim de mégastructures‘, créée par une civilisation extraterrestre et destinée à exploiter l’énergie de l’étoile.

Cette théorie de mégastructures a été développée en 1960 par le mathématicien et physicien Freeman Dyson sous le nom sphère de Dyson ou biosphère artificielle . La réalité rejoignant souvent la fiction, l’idée lui est venue en 1945 suite à  la lecture de Star Maker ( Créateur d’étoiles ) roman de science-fiction d’Olaf Stapleton. Cette structure consiste en une sphère de matière, une coquille artificielle et creuse, encerclant une étoile pour en capturer presque toute l’énergie émise, pour une utilisation industrielle.

Le SETI (Search for Extra-Terrestrial Intelligence ou recherche d’une intelligence extraterrestre) commence alors à partir de la mi-octobre 2015 à observer l’étoile à l’aide du Allen Telescope Array (ATA) dans le cadre du projet Breakthrough Listen. Ce dernier consiste à tenter de détecter des émissions de civilisations extraterrestres dans le domaine radio. Mais cette tentative reste sans succès, aucun signal n’a été détecté.

 

De nouvelles données

 

Une demande de financement participatif a été lancé sur kickstarter afin de pouvoir réaliser  des observations supplémentaires de l’étoile. Plus de 1700 personnes ont donné au total 107 000 dollars (soit environ 89 000 euros). Cet argent a permis de nouvelles observations par les instruments de Las Cumbres Observatory, en Californie, et par les 2 telescopes du Keck, sur le Mauna Kea à Hawaii entre mars 2016 et décembre 2017.  4 nouveaux épisodes de baisse de luminosité de l’étoile de Tabby ont ainsi été étudiés, rejetant définitivement la théorie extraterrestre. Ces épisodes ont été nommés par membres de la campagne de crowdfunding Elsie et Celeste, pour les 2 premiers et Scara Brae et Angkor pour les 2 derniers, d’après les anciennes cités perdues en Écosse et au Cambodge.

 

KIC 8462852 dans l’infrarouge et l’ultraviolet.
KIC 8462852 dans l’infrarouge et l’ultraviolet. credit : wikipedia

 

Les astronomes découvrent alors que les baisses de luminosités ne sont pas égales pour toutes les longueur d’ondes et sont plus importantes dans l’ultraviolet que dans l’infrarouge. Ceci est cohérent avec l’hypothèse des masses de poussières de tailles inférieures au micron, qui transiteraient à faibles distances devant l’étoile de Tabby.

« Les nouvelles données recueillies pendant les observations révèlent différentes couleurs de lumière bloquées à différentes intensités », explique Tabetha Boyajian. « Ce qui passe entre l’étoile et nous n’est pas opaque, ça ne peut pas être une mégastructure extraterrestre ou un corps planétaire. La poussière est donc la cause la plus probable de ces variations de luminosité de l’étoile ».

Jason Wright précise « les dernières observations pourraient aussi être la signature d’autres phénomènes naturels. Il y a des modèles mathématiques simulant des matériaux circumstellaires comme des exocomètes, en orbite autour d’une étoile, qui paraît correspondre aux données que nous avons recueillies. » 

 

Pour aller plus loin

 

Les Dérangeurs de l’univers de Freeman J. Dyson préfacée par Hubert Reeves

 

Pour expliquer le titre : les dérangeurs d’univers sont ceux qui pensent mieux ou différemment, et qui sont en avance sur la pensée commune.

L’auteur nous propose ses souvenirs et réflexions sur les hommes qui ont fait la Science (américaine) depuis les années 1940, retraçant le portraits de quelques physiciens marquants, ainsi que de poètes et de gens ordinaires.
La dernière partie du livre est consacrée à la vie dans l’univers.

 

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Sources

The atlantic

https://arxiv.org/abs/1801.00732

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