Thomas Pesquet nous aura fait rêver en 2017. Né en 1978 à Rouen, il est devenu l’astronaute français le plus médiatisé grâce à ses photos de la terre vue de l’espace et son travail de communication auprès du grand public. Revenons sur son parcours.

Thomas Pesquet : de pilote Air France à astronaute

Après une formation d’ingénieur aéronautique à Supaéro à Toulouse, Thomas Pesquet a occupé plusieurs postes dans l’industrie aérospatiale (ESA) et à l’agence spatiale européenne. En 2004, il change complètement d’orientation et decide de suivre le programme de formation des pilotes Air France. En 2006, il obtient sa licence de pilote de ligne et accumule plus de 2 000 heures de vol sur les Airbus A321, 319 et 318.

"Entraînement à Houston, au centre spatial de la Nasa, pendant six heures en scaphandre dans une piscine. La poussée d'Archimède permet une simulation des condition extravéhiculaires."

« Entraînement à Houston, au centre spatial de la Nasa, pendant six heures en scaphandre dans une piscine. La poussée d’Archimède permet une simulation des condition extravéhiculaires. » (NASA / ESA)

En 2008, il présente sa candidature à l’ESA pour faire partie du Corps Européen des astronautes. En 2009, il fait partie des six candidats sélectionnés ( avec Samantha Cristoforetti, Alexander Gerst, Andreas Mogensen, Luca Parmitano et Timothy Peake) parmi 8 413 postulants et devient le plus jeune astronaute recruté par l’Agence spatiale européenne. Il suit alors un programme d’entraînement de plusieurs années afin de le préparer à sa future mission à bord de la Station Spatiale internationale. Il apprend à piloter le vaisseau Soyouz dans diverses conditions, s’habitue à subir des accélérations jusqu’à 9 g dans une centrifugeuse, participe à un stage de survie, séjourne dans une station sous la mer…

Mission Proxima à l’ISS

En 2014, il est choisi par l’ESA pour être ingenieur de vol lors de la mission Proxima, prévue du 17 novembre 2016 à juin 2017  dans la Station Spatiale Internationale. Il est alors le dixième français à voler dans l’espace, le second à y effectuer un long séjour et le quatrième à séjourner à bord de l’ISS . Le 17 novembre à 20h20, Thomas Pesquet, l’américaine Peggy Whitson et le russe Oleg Novitski décollent du cosmodrome de Baïkonour (Kazakhstan) vers l’ISS à bord d’un vaisseau Soyouz.

 

Lors de son séjour, Thomas réalise des photographies de la Station spatiale internationale permettant pour la première fois une immersion intéractive grâce à la numérisation de l’ISS à 360° par Google Street View.  Thomas Pesquet explique : « Bien sûr, nous avons rencontré toutes sortes de problèmes pour capturer toutes les images, puisque l’ISS est remplie d’outils techniques, de câbles, et le siège d’expérimentations à ne pas déranger. L’équipe de Google Street View a travaillé avec les équipes de la NASA, au sol, afin de concevoir une méthode de collecte d’image à 360° qui soit compatible avec l’impesanteur et avec nos équipements photographiques déjà présents à bord. »

Le 13 janvier 2017, il fait sa première sortie dans l’espace avec Robert Shane Kimbrough pour effectuer des travaux sur le système électrique de l’ISS. Le 24 mars 2017, il en a à nouveau l’occasion afin de réparer une fuite sur le système de refroidissement et entretenir le bras mécanique Dextre.

 

 

Lors de cette mission qu’il a voulu partager avec le public, il poste de superbes clichés de la Terre, participe à des liaisons avec le sol et détaille les expériences qu’il mène dans l’espace.

Il témoigne de la fragilité de notre planète vue de l’espace : « On le voit sur le temps long, on observe des glaciers en Amérique du sud, on voit qu’ils fondent. On voit la pollution des rivières qui débouchent dans la mer. On voit les coupes dans la forêt amazonienne. On voit des villes recouvertes de pollution. On voit malheureusement beaucoup de choses » « On a l’impression que l’on comprend tous ces phénomènes là, mais la Terre c’est trop grand, ça se passe pas à notre échelle tout ça. Alors quand on prend ce recul formidable que d’aller dans l’espace, on le voit. On voit la fragilité de la Terre. C’est un oasis dans un océan de rien du tout ».

Expériences de Thomas Pesquet à bord de l’ISS

 

Mais Thomas Pesquet n’a pas passé son temps uniquement à faire des photos. Il a travaillé 5 jours et demi par semaine et ce 10h par jour.

Parmi les nombreuses expériences scientifiques qu’il a mené lors de sa mission, il a testé une machine appelée Mares (Muscle Atrophy Research and Exercise System) dans le module Colombus, le laboratoire européen de l’ISS. Pour cela, il s’est sanglé sur son siège afin d’effectuer des exercices musculaires qui ont ensuite été analysés par des capteurs. Ces données sont par la suite étudiées par des scientifiques. Le but de cet instrument est de surveiller l’activité musculaire des astronautes pendant qu’ils font de l’exercice. Le problème lors de voyages spatiaux est que les cosmonautes souffrent d’atrophie musculaire. Ils n’ont aucun effort à faire pour bouger et après plusieurs mois à ce régime perdent 20 à 30% de leur masse musculaire. Mares mesure cette perte de masse musculaire liée à la microgravité, et permet de trouver des exercices pour la limiter.

Il a également mené une expérience sur la qualité de l’eau et la contamination microbienne grâce à une nouvelle technique : Aquapad. A bord de la station, c’est le traitement des eaux usées qui fournit les besoins en eau potable afin de boire, se laver et manger. Aquapad permet de diagnostiquer l’état de l’eau plus rapidement et plus efficacement. Ce système pourra être utile sur terre, pour contrôler la qualité de l’eau apres des catastrophes naturelles par exemple.

« Les bactéries étant en principe beaucoup plus virulentes dans l’espace », Thomas Pesquet a testé les surfaces intelligentes de l’expérience Cassiss (Contamination des surfaces innovantes dans l’ISS). Ces revêtements empêchent les micro-organismes de se poser et de proliférer grâce a leur ‘capacité à apporter une réponse adaptée à un stimulus donné’.

Il a mené l’expérience Fluidics (Fluid Dynamics in Space) qui consiste à  observer de petits réservoirs remplis de différents fluides dans l’espace. Les engins spatiaux souffrent des effets du ballottement des liquides dans leurs réservoirs en situation de micropesanteur. L’objectif est d’améliorer leur guidage et leur précision en particulier pour les satellites. Cette expérience pourra entre autre aider à mieux comprendre le fonctionnement des océans ou plus largement à améliorer nos systèmes de prévision climatique.

 

Le logiciel sur tablette Everywear a mesuré quotidiennement ses paramètres physiologiques. « Il s’agit plus précisément de regrouper un ensemble de capteurs biomédicaux portatifs connectés en Bluetooth à un terminal mobile (en l’occurrence une tablette grand public). » développe le site du CNES. A titre d’exemple, le suivi nutritionnel de l’astronaute l’oblige actuellement à répondre à des questions au fur et à mesure de la prise de nourriture. Avec Everywear, il lui suffira de scanner le code-barres imprimé sur l’emballage de chaque aliment »

Il a également travaillé sur ECHO, un échographe expérimental, commandé à distance depuis la terre. Sébastien Barde, responsable du Cadmos (Centre d’aide au développement des activités en micropesanteur) explique : « Les échographies sont ce qu’il y a de mieux aujourd’hui pour étudier l’intérieur du corps humain dans l’espace. Jusqu’à présent, les astronautes eux-mêmes réalisaient ces échographies, ce qui leur prenait beaucoup de temps pour une qualité d’échographie médiocre, les astronautes n’étant pas médecins. Echo répond à ce problème » Cet appareil pourrait également permettre d’améliorer l’accès aux soins des populations isolées.

 

Thomas a expérimenté la réalité virtuelle dans l’espace grâce au dispositif Perspective afin d’analyser les modifications des fonctions cognitives des astronautes dans l’espace. Perspective a été avant tout utilisé pour les manipulations GRIP, GRASP (neurologie) et Time Perception (perception du temps en microgravité).

Le 31 janvier 2017, l’astronaute a participé à l’expérience de télérobotique Haptics-2. Il a échangé à distance avec Thomas Krüger installé au Centre européen de technologie spatiale aux Pays-Bas  » une poignée de main ferme ». Chacun disposait d’un joystick connecté, qui peut transmettre des réactions sur de très grandes distances. Les deux scientifiques ont ainsi réussi à sentir la force exercée par l’un et l’autre.

 

Retour sur terre de l’astronaute

 

"La capsule Soyouz dans laquelle je reviens sur Terre."

« La capsule Soyouz dans laquelle je reviens sur Terre. » (NASA / ESA)

 

L’astronaute quitte la Station Spatiale Internationale après 196 jours le 2 juin 2017. Il aura mené 62 expériences pour l’Agence spatiale européenne (ESA), le Centre national d’études spatiales (CNES) et 55  pour les agences spatiales américaine, canadienne et japonaise. Il atterrit dans les steppes du Kazakhstan vers 16h10 avec Oleg Novitski. Peggy Whiston qui s’était envolée avec eux est quant à elle demeurée à bord de l’ISS pour trois mois de plus. Mais s’il n’est plus dans l’espace, il n’en a pas totalement terminé avec cette mission.  Sébastien Barde précise : « Les mesures vont encore s’étaler sur un an, évalue Sébastien Barde. Il a perdu de la masse musculaire, de la densité osseuse… Nous allons observer maintenant comment son corps va récupérer de son voyage. »

« L’espace m’a changé » affirme le spationaute. Le changement est également physique ! A son arrivée il mesure environ 5cm de plus qu’au décollage pour l’ISS en novembre 2016 ! Ce phénomène s’explique par les effets de la micro-gravité et de l’impesanteur. Dans l’espace, sa colonne vertébrale n’est plus soumise à aucun tassement, se gorge d’eau et l’astronaute ‘grandit’. Il reprend sa taille initiale quelques heures après son retour sur Terre.

Depuis son retour, il a lancé une chaîne youtube et signé Terre(s) une magnifique compilation de 300 images prises depuis l’espace durant les six mois passés à bord de la Station spatiale internationale (ISS).

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« Ces photos sont destinées à faire prendre conscience de cette magnifique et fragile oasis qu’est la Terre » explique le spationaute qui tente de sensibiliser le public et les dirigeants à cette fragilité de notre planète.

"Incroyables effets de couleur sur l'eau du delta de Saloum au Sénégal. Dire qu'avec l'élévation du niveau de la mer, ces îles et leurs habitants subissent déjà les dégâts du réchauffement climatique..."

« Incroyables effets de couleur sur l’eau du delta de Saloum au Sénégal. Dire qu’avec l’élévation du niveau de la mer, ces îles et leurs habitants subissent déjà les dégâts du réchauffement climatique… » (NASA / ESA)

« Voir la planète comme un tout, ça n’arrive jamais. Il y a des choses qu’on arrive à comprendre avec l’intellect mais qu’on n’arrive pas à ressentir, a-t-il ajouté. Le réchauffement climatique, 2 ou 4 degrés de plus, ça reste des chiffres, cela dépasse l’entendement humain. On peut le comprendre mais pas le ressentir »  « De voir la planète, de le voir soi-même, de prendre du recul, cela permet d’apprécier cette fragilité-là, avoue-t-il. On n’a pas conscience à quel point l’atmosphère c’est mince, on n’a pas conscience à quel point on est capable d’abîmer la planète, à quel point il faut la protéger. On n’en a qu’une et on a des ressources limitées. »

Très actif sur les réseaux sociaux  Twitter, Facebook et Instagram, il est suivi par des centaines de milliers d’abonnés (plus d’1 million sur facebook). Il est devenu le héros d’une BD Dans la Combi de Thomas Pesquet  « C’est l’histoire vraie de ma mission passée au regard laser ».  Marion Montaigne raconte avec humour son parcours depuis sa sélection, puis sa formation jusqu’à sa mission dans l’ISS et son retour sur Terre.

 

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Il a également raconté son aventure en 100 images pour Reporter sans frontière  : Thomas Pesquet – 100 photos pour la liberté de la presse

 

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Thomas Pesquet à bord de l'ISS

 

A partir du 10 février, il sera également présent dans une nouvelle attraction du futuroscope « Dans les yeux de Thomas Pesquet« , un film immersif d’environ 25 minutes diffusé sur Kinemax le plus grand écran d’Europe qui fera vivre au spectateur le décollage, l’arrivée dans la station spatiale et la vie au quotidien en apesanteur dans l’ISS.

Mais ce que désire surtout le spationaute c’est retourner dans l’espace. « Ma priorité, c’est de retourner dans l’espace »  « Il n’y a rien sur le papier (mais) la station spatiale est là jusqu’en 2024 au moins. Les gens sont désignés sur les vols jusqu’en 2019, donc à partir de 2020, on verra. Si quelqu’un a envie de mettre mon nom sur un vol, je ne vais pas m’opposer à ça. »

 

Pour aller plus loin

 

Profession astronaute de Thomas Marlier et Pierre-François Mouriaux-  Crédits : ARTE Éditions/Paulsen.

Ce livre présente en détails la sélection puis l’entrainement exceptionnel suivi par Thomas Pesquet durant plus de trois ans avant son départ pour la station spatiale internationale.
L’ouvrage suit aussi l’astronaute durant son séjour dans l’espace, où il nous explique les multiples expériences scientifiques réalisées durant ces nombreux mois en orbite, et raconte les conditions de son retour sur Terre.

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Sources

CNES

Expériences proposées par le CNES

Sciences et avenir 

En six mois dans l’espace, Thomas Pesquet a aussi beaucoup apporté à la Science