Jeudi 7 février 2019, un robot construit au Royaume-Uni a été baptisé du nom de la biologiste britannique Rosalind Franklin. Mais d’où vient le choix de ce nom et qui était cette grande scientifique ?

Le rover Rosalind Franklin


Exomars Rover


Dans le cadre de la mission européano-russe ExoMars, le rover Rosalind Franklin partira fin 2020 de la Terre pour atterrir sur Mars en 2021.
Il devra forer le sol martien jusqu’à plus de 2 m de profondeur afin d’extraire des échantillons de la planète et les analyser pour découvrir l’indice d’une éventuelle forme de vie passée ou actuelle.


Photo d’un prototype du robot Rosalind Franklin ExoMars, le 7 février 2019 au site d’Airbus à Stevenage, en Angleterre. AFP – BEN STANSAL

Comment a été choisi le nom de Rosalind Franklin ?



Alice Bunn, directrice internationale de l’Agence spatiale britannique
annonce le nom du rover lors d’un événement spécial Copyright : ESA – S. Corvaja

En juillet 2018, l’agence spatiale britannique a lancé un concours afin de trouver un nom à celui qui s’appelait jusqu’alors « Exomars Rover ».
Parmi les 36 000 propositions recueillies, un jury d’experts a décidé de choisir le nom de la scientifique qui a permis de découvrir la structure de l’ADN : « Rosalind Franklin ».

Chris Skidmore, le secrétaire d’État britannique à la Recherche et aux Sciences, a déclaré Mme Franklin « nous a aidé à comprendre la vie sur Terre et maintenant son homonyme fera la même chose sur Mars ».

Selon Jan Woerner, le directeur général de l’ESA «Ce nom nous rappelle que l’exploration est dans les gènes humains. La science est dans notre ADN, et dans tout ce que nous faisons à l’ESA. Le rover Rosalind retranscrit cet état d’esprit et nous emmène tous à l’avant-garde de l’exploration spatiale.»

Qui était Rosalind Franklin ?



Rosalind Franklin, en 1955.• Crédits : Rosalind Franklin University

Née le 25 juillet 1920 en Grande-Bretagne, Rosalind Franklin intègre à 11 ans le St Paul’s Girls’ School. Il s’agit de l’un des rares établissements londoniens où la physique et la chimie sont enseignées aux filles. Dès l’âge de 15 ans, elle décide d’être scientifique alors que son père voulait la voir se consacrer à une activité de bénévolat dans des œuvres de bienfaisance. En 1938, elle est acceptée à Newnham College, un collège pour femme de Cambridge où le nombre d’étudiantes était limitées à 300 alors que plus de 5000 étudiants hommes étaient inscrits à l’université Cambridge.
Elle obtient une bourse universitaire et termine son doctorat en physique-chimie à Cambridge en 1945. Ses travaux portant sur la porosité du charbon contribueront à leur classification. Très tôt, Rosalind décide de se consacrer à sa carrière et renonce à fonder une famille. Notons que dans les années 30, une femme qui décidait de se marier devait renoncer à sa bourse de recherche à Cambridge. Et ce n’est qu’en 1947 que les étudiantes de Cambridge ont été considérées comme des membres à part entière de l’université.

En 1947, Rosalind saisit l’opportunité de travailler au CNRS à Paris. Jusqu’en 1950, elle effectue des recherches au Laboratoire Central des Services Chimiques de l’État et est formée à la cristallographie aux rayons X grâce à Jacques Mering. Egalement appelée diffractométrie aux rayons X, il s’agit d’une technique d »analyse chimique destinée à caractériser les matériaux cristallins .


Découverte de la structure en double hélice de l’ADN


Rosalind obtient par la suite une bourse de recherche de 3 ans au King’s College de Londres pour y développer la cristallographie aux rayons-X.

Au moment de son arrivée, Maurice Wilkins qui utilise déjà cette technique pour étudier la structure de l’ADN est absent. Leur rencontre commence mal. A son retour, il pense qu’elle est engagée pour être son assistante. Leur relation ne s’améliorera pas par la suite.

Aux côtés de son doctorant Raymond Gosling, Rosalind parvient à obtenir d’excellentes photos de fibres d’ADN cristallisées grâce à sa technique. Ces photos permettent de mettre en évidence deux formes de l’ADN que la chercheuse nomme A et B.

James Dewey Watson et Francis Crick travaillent également sur la résolution de la structure d’ADN au Cavendish Laboratory mais de manière plus théorique.

Le 30 janvier 1953, Maurice Wilkins montre à James Dewey Watson les clichés obtenus par Rosalind, à l’insu de la biologiste.
Watson et Crick savent que d’autres données expérimentales provenant des travaux de la scientifique sont dans un rapport distribué aux membres du comité de biophysique du Conseil de recherches médicales. Ils demandent à Max Perutz, un collègue de Cavendish qui en fait partie de les leur montrer, ce qu’il accepte.


Le cliché 51 réalisé par Rosalind Franklin et R.G. Gosling.

Le cliché 51 pris par la scientifique devient essentiel pour les recherches menées par James Dewey Watson et Francis Crick. Watson dira plus tard « A l’instant où je vis la photo, j’en suis resté bouche bée et mon cœur se mit à battre la chamade ».
Les deux scientifiques développent un nouveau modèle de l’ADN en trois dimensions de la double hélice d’ADN et publient leur découverte dans la revue Nature en avril 1953.

Leur article concède tout de même qu’ils ont été « stimulés par la connaissance de la nature générale des résultats expérimentaux non publiés et des idées du Dr Wilkins et du Dr Franklin ».

Plus tard, deux autres articles sur l’ADN provenant de King’s college paraissent également dans la même revue : un premier de Maurice Wilkins, Alec Stokes et Herbert Wilson et un deuxième de Rosalind Franklin et son étudiant.

En raison de la mauvaise ambiance de l’institution, Rosalind quitte King’s College en mars 1953 et doit y laisser son travail sur ordre du directeur.
A Birkbeck College, ses recherches portent désormais sur les virus. Elle publie dix-sept articles scientifiques en à peine 5 ans et ses travaux en collaboration avec un chercheur sud-africain, Aaron Klug permettent la découverte de la structure du virus de la mosaïque du tabac. Elle commence également à étudier la structure des poliovirus.


Mais en 1956, elle est atteinte d’un cancer des ovaires probablement causé par sa surexposition aux radiations. Elle décède deux ans plus tard à l’âge de 37 ans. Aaron Klug, reçoit le prix Nobel de chimie en 1982 pour le travail qu’il avait réalisé en partie avec Rosalind Franklin.

Prix Nobel


Les lauréats des prix Nobel 1962 à Stokholm. De gauche à droite : Maurice Wilkins (médecine), Max Perutz (chimie), Francis Crick (médecine), John Steinbeck (littérature), James Watson (médecine) et John Kendrew (chimie).
Copyright : AFP

Le 18 octobre 1962, James Watson, Francis Crick et Maurice Wilkins obtiennent le prix Nobel de médecine pour la découverte de la structure à double hélice de l’ADN. Le prix Nobel ne pouvant être décerné à titre posthume, Rosalind ne sera pas récompensée.

Et malheureusement, ses collègues ne lui rendent pas l’hommage qu’elle méritait. Lors de la cérémonie, le seul à prononcer son nom est Maurice Wilkins. Il déclare alors qu’elle a apporté une contribution précieuse à l’analyse des rayons X.

Les joies de la science résident dans le travail lui-même et la récompense finale est le progrès du genre humain.

Rosalind Franklin

Pour aller plus loin


Pour consulter les publications de Rosalind Franklin :

https://academictree.org/chemistry/publications.php?pid=52137


La double hélice de James Watson


En 1968, James Dewey Watson publie La Double Hélice un récit très personnel de cette découverte. Dans ce livre qui sera un succès, il décrit la scientifique comme une personne acariâtre qui aurait pu être jolie si elle s’était seulement donné la peine d’enlever ses lunettes et de faire quelque chose d’intéressant avec ses cheveux… et minimise son travail… 35 ans plus tard, il reconnaîtra tout de même que Rosalind Franklin aurait également mérité le prix Nobel. 

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Rosalind Franklin and DNA by Anne Sayre


Dans ce livre publié en 1975, Anne Sayre, journaliste et amie proche de Rosalind Franklin désirait principalement corriger la description de la personnalité de la chercheuse décrite dans le livre de Watson. Uniquement disponible en anglais.

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Rosalind Franklin : La Dark Lady de l’ADN


Brenda Maddox retrace l’histoire de cette remarquable biologiste moléculaire britannique, en exposant l’injustice dont elle a été victime, mais aussi en soulignant la richesse de «sa vie complexe, féconde et active»

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Sources

https://www.esa.int/kids/fr/Actualites/Le_rover_d_ExoMars_portera_le_nom_de_la_scientifique_Rosalind_Franklin

http://sfp.in2p3.fr/sfp-femmes/rosalind.pdf

https://www.franceculture.fr/sciences/leffet-matilda-rosalind-franklin-pionniere-de-ladn

http://www2.cndp.fr/TICE/teledoc/mire/mire_rosalind.htm

https://www.dnalc.org/view/15014-Franklin-s-X-ray-diffraction-explanation-of-x-ray-pattern-.html

https://www.sciencepresse.qc.ca/blogue/2015/04/25/ladn-franklin-watson-aucune-reponses

http://www.medecine.unige.ch/enseignement/dnaftb/19/bio/fs.html

http://didac.free.fr/concepts/gene/double_helix/

https://www.theguardian.com/theobserver/2000/mar/05/featuresreview.review

https://www.nature.com/news/due-credit-1.12806

https://aicr2014.univ-rennes1.fr/archives/Conf_P_Launois_23sept2014_ppt.pdf