A noël, nous posons tous au sommet de notre sapin une étoile, l’étoile de noël. Elle représente l’étoile de Bethléem qui, selon l’Evangile de Matthieu, annonça aux trois rois mages la naissance de Jésus et les guida vers Jérusalem et Bethléem.

« Jésus étant né à Bethléem de Judée, au temps du roi Hérode, voici que des mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem et demandèrent : Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son astre à l’Orient et nous sommes venus lui rendre hommage. »

Les avis divergent sur la nature et l’origine de l’étoile de Bethléem. Certains pensent qu’il s’agit d’un miracle. Dieu aurait créé une lumière dans le ciel, visible uniquement aux Mages, et qui se  serait déplacée devant eux pour les guider vers Jésus.

« Et voici, l’étoile qu’ils avaient vue en Orient marchait devant eux jusqu’à ce qu’étant arrivée au-dessus du lieu où était le petit enfant, elle s’arrêta. »

Conjonction des planètes

 

Depuis des siècles, certains astronomes cherchent une explication rationnelle à ce phénomène.  Le premier à s’y risquer fut Johannes Kepler en 1614. Il publia des travaux qui affirmaient que lors de l’année 7 av. J.C., les planètes Jupiter et Saturne s’étaient trouvées alignées dans la constellation des Poissons 3 fois : en mars, octobre et décembre. Ce phénomène est très rare et ne se produit qu’une fois tous les 900 ans. Il pensait à tort que cette conjonction des planètes pouvait produire une nova.
La constellation des Poissons représente la Palestine dans la tradition juive. Pour les juifs, Saturne représente la protection d’Israël. Quant à Jupiter, elle a été nommée ainsi en référence au Roi des Dieux dans la mythologie romaine. D’après Jean-Paul Parisot, professeur d’astronomie à l’université de Bordeaux « Comme le prouve une tablette cunéiforme, elle avait été prévue par les Mésopotamiens qui en avaient donné une interprétation astrologique: Dieu (Jupiter) envoie sa protection (Saturne) chez les Juifs (Poissons). »

Aujourd’hui nous pouvons faire des calculs très précis de la position des astres. Il s’avère que la conjonction n’était pas très impressionnante et que Jupiter et Saturne ne pouvaient pas être confondues en une seule étoile. Mais elle n’aurait pas manqué d’attirer l’attention des mages mages.

Une autre conjonction, de Jupiter et Vénus eut lieu en l’an 2 avant J.-C. Jupiter et Venus sont les deux astres les plus brillants dans le ciel après le soleil et la lune. Le problème est que ce phénomène  se situe après la mort du roi Hérode. Mis à part cela elle coinciderait avec l’évangile.

Les mages voient le 17 juin la première conjonction en juin du côté de la Perse.  A 8h30, les deux planètes sont à peine à  0,6 minute d’arc l’une de l’autre et forment un seul point très brillant à l’œil nu.

Ils voyagent pendant quatre mois et se trouvent à Jérusalem lors de la deuxième conjonction le 13 octobre. Enfin, ils parcourent 6 derniers kilomètres jusqu’à Bethléem.

L’étoile a également été observée dans la nuit, par les bergers qui faisaient paître leurs moutons. Bethléem étant situé à 800 mètres d’altitude, il paraît plus logique que l’étoile soir apparue en été plutôt qu’un 25 décembre. Cette conjonction s’est reproduite en juin 2015 et a été nommée l’étoile de Bethléem.

Voici une vidéo explicative de la NASA réalisée alors sur le rapprochement de Vénus et Jupiter :

 

Une comète

 

A l’époque, les astronomes appelaient tout corps brillant dans le ciel des étoiles. La description faite dans l’évangile d’un point de lumière mouvant, visible même en plein jour, pourrait donc correspondre à une comète. Cependant, dans les anciennes civilisations, l’arrivée d’une comète était un signe de calamité et de mécontentement divin. Ce qui est évidemment inconciliable avec l’arrivée du messie. Mais selon les recherches de Colin Humphreys, professeur à l’Université de Cambridge, à l’époque du Christ, les comètes étaient associées à la naissance de grands rois et à de bonnes nouvelles.

 

 

Le peintre italien Giotto di Bondone a représenté l’étoile de Bethléem par la comète de Halley dans sa fresque Adoration des mages à l’Eglise de l’Arena à Padoue. Il a eu la chance de la voir en 1301 ce qui déclencha très certainement son inspiration. Le nom de cet artiste fut donné à la sonde Giotto qui survola la comète de Halley en 1986. Cette comète étant de passage en 12 av. J.-C. et en 66 apr. J.-C., ce ne peut pas être elle qui guide les rois mages vers Bethléem. Mais, l’évangile datant d’entre 70 et 100, Matthieu aurait pu être, en partie, inspiré par le passage de la comète en 66 après la naissance du Christ. Vue de Jérusalem, sa trajectoire correspond à la description de Matthieu : visible à l’Est, juste avant l’aube, puis se déplaçant vers l’Ouest, et vers la fin de sa période de visibilité elle était presque stationnaire, haute dans le ciel au Sud de Jérusalem, dans la direction de Bethléem.

 

vue d'artiste de la sonde Giotto - credit : ESA

vue d’artiste de la sonde Giotto – credit : ESA

Il pourrait également s’agir d’une des deux autres comètes observées par les chinois en 5 et 4 av. J.-C.

 

Voir aussi : Quelle est la différence entre astéroïde, météorite, comète et étoile filante?

 

Une nova ou une supernova?

 

Une autre théorie très populaire est que l’étoile de noël serait une nova ou supernova. Mais, elle aurait alors été  largement observée. Hors, on ne trouve aucune trace, ni des Romains, ni des  Chinois d’un tel phénomène. Hors les chinois ont recensé leurs observations depuis 400 ans avant J.C.

Astrologie

 

Les mages, métamorphosés en rois au VIe siècle, étaient des astrologues qui avaient une très bonne connaissance du ciel, savaient prévoir la position des planètes et faisaient des prédictions sur le destin des hommes. Une autre hypothèse est que les mages auraient prédit la naissance d’un messie par l’astrologie. Ça expliquerait la raison pour laquelle personne à Jérusalem ne voyait l’étoile. Mais comment expliquer que les bergers aient eux pu l’observer?

La théorie de l’astronome américain Michael Molnar fut que l’étoile de Bethléem aurait été une double éclipse de Jupiter, provoquée par la Lune, qui se serait produite dans la constellation du Bélier le 20 mars et le 17 avril de l’an 6 avant J-C. Il en a retrouvé la trace dans le Mathesis, un manuscrit du IVe siècle, rédigé par Firmicus Maternu, un astrologue romain converti au christianisme. Firmicus Maternu y écrit qu’une occultation de Jupiter dans la constellation du Bélier était un signe de la naissance d’un roi divin. Il n’y parle pas du Christ mais d’après Michael Molnar  « L’astrologie romaine était très populaire à l’époque, chaque lecteur pouvait comprendre la référence à Jésus, et le fait que l’événement astrologique dont le livre parle était l’étoile de Béthléem. »

Voir aussi : Qu’est-ce qu’une supernova?

Pour relier l’étoile de noël à un phénomène astronomique il faudrait connaître la date exacte de la naissance du Christ, hors celle-ci n’est pas connue avec précision. Les récits de l’enfance de Jésus, que l’on trouve au début des évangiles selon Matthieu et Luc, sont les seules sources que nous avons. La date du 25 décembre précédant l’an 1 a été fixée au début du VIe siècle par le moine Denys le Petit. Mais les historiens situent en général la naissance de Jésus dans les dernières années du règne d’Hérode Ier le Grand, mort en 4 av. J.C.

Un miracle, pure légende, comète, supernova, conjonction planétaire? La nature de l’étoile de Bethléem restera un mystère.

 

Pour aller plus loin

The Great Christ Comet: Revealing the True Star of Bethlehem de Colin R. Nicholl

Uniquement disponible en anglais. Dans ce livre, Colin R. Nicholl développe la théorie que l’étoile de Bethléem ne peut être qu’une comète

 

 

Sources

Étoile de Bethléem

Astroshop

The star of Bethléem 

Liberation

La comète de Halley a-t-elle guidé les Rois mages ?

L’énigme de l’étoile de Bethléem peut-être résolue

Science-presse